À l'origine la hiérarchie fr.* était une sorte de réseau qui reliait vraisemblablement les ordinateurs de quelques universités auxquelles on peut sans doute rajouter quelques organisemes de recherche, publics ou privés, et peut-être quelques individus isolés.
En quelques mots, les utilisateurs de cette
hiérarchie, plutôt des chercheurs, mais aussi des ingénieurs ( des
étudiants en école d'ingé, par exemple ) ou des passionnés d'informatique
tout simplement, utilisaient ces "forums" - qui étaient en fait plutôt des
lieux d'échange - comme moyen d'échanger des vues et de
l'information.
En quelques sorte, la différence entre ces lieux et les actuels forums,
reviendrait à comparer un séminaire au Collège de France - pourtant
ouvert à tous - et un café philosophique, par exemple. Tout le monde
peut prendre la parole dans un café philo, ce n'est nullement le cas
dans un exposé au Collège de France. Pourtant les deux sont ouverts au
public...
Mais internet s'est progressivement
développé amenant une nouvelle génération de usenautes encore spécialisée
et technicienne - car jusqu'à une période récente, n'importe qui ne savait
ou ne pouvait pas ni utiliser un ordinateur, ni avoir accès à la toile.
Néanmoins, cette nouvelle génération, tout en conservant l'esprit de
recherche des fondateurs, a souhaité développer cet outil, un peu pour
en faire ce que pourrait être un campus universitaire. Les gens se
réunissent en séminaire par petits groupes autour de centre d'intérêts
qui leur est commun, mais ils peuvent aussi se retrouver dans un endroit
pour bavarder tranquillement au grand dam de certains d'entre-eux
d'ailleurs (pensons à
fr.misc.bavardages.dinosaures).
À cette époque, il y a certainement quelques
divergences de vue entre les usenautes de la hiérarchie fr.*, mais ils
sont d'accord sur l'essentiel. Les chose vont sérieusement commencer à se
gâter lorsque la 3ème génération de usenaute rapplique - et là-dessus,
pauvres Dinos, vous n'avez encore rien vu ! -.
En gros le Usenet-fr des origines fonctionnaient un peu comme une
démocratie athénienne des origines, c'est à dire une démocratie directe
- enfin j'imagine - ; tout le monde discutait pour savoir s'il convenait
ou non de créer un forum, et lorsqu'un consensus s'était dégagé, on le
créait. Le cas échéant, s'il y avait un doute, on pouvait toujours voter
à mains levées, et ceux qui se trouvaient mis en minorité s'inclinaient
de bonne grâce.
Encore aujourd'hui, songez à la convention de gestion de fr.* qui
réclame un consensus mou... héritage du passé sans doute. Seulement une
démocratie athénienne, quand la poulation s'accroît, cela peut tourner
rapidement au vinaigre : pensez à la manière dont l'Athènes historique
fut la proie des démagogues et s'effondra en dépit de personnalités
aussi brillantes que Sophocle, Périclès, Aspasie, Anaxagore, Socrate,
Euripide, Phidias et je pourrai en citer cent autres...
Consciente de ce risque, la seconde générarion décida de donner un cadre plus rigide au fonctionnement de la hiérarchie fr.* Les premiers textes écrits apparurent... mais l'objectif de ces premiers textes étaient de préserver l'esprit du fr.* des origines et non de légiférer : il y a là un terrible malentendu entre la seconde et la troisième génération. La troisième génération croit que l'on a le droit de faire n'importe quoi à condition de respecter le texte. la seconde génération n'avait pas du tout conçu les textes dans cet esprit ! Et je crois qu'ils ont été pris au dépourvu par cette réaction de la 3ème génération. Ils ont conservé du fr.* des origines cet aspect communautaire qui fait qu'ils sont très solidaires.
Jusqu'ici, ils ont à peu près réussi à empêcher les propositions les plus farfelues de passer en faisant bloc, en créant fufe - qui sert de repoussoir -. C'est eux qui contrôlent fufe, et c'est ce qui permet d'éviter les catastrophes, pour l'instant... Dans leur esprit, fr.* est toujours un lieu de recherche et d'échanges d'informations d'où leur ire quand ils voient tout un chacun bavarder et transformer lentement fr.* en café du commerce. Quand Michel Guillou, par exemple, dit que même fmbd va à l'encontre de l'esprit de fr.*, je pense que c'est un peu cela qu'il veut dire - il rectifiera si je me trompe - ; pour lui, fr.* n'a pas cet usage.
D'un point de vue philosphique, l'opposition entre nouveaux arrivants et anciens peut aussi se réduire à une lutte de l'illimitation contre la limitation. Quelqu'en soit la forme, les nouveaux arrivants cherchent l'illimitation - et le comble, essaient de s'appuyer sur des textes qui sont censés être une limitation pour ce faire ! -. Ils trépignent, disent "je veux", toutes choses qui exaspèrent au plus haut point les anciens. Et très franchement, je suis du même avis que les anciens. Mais je ne m'accorde pas avec eux sur un point. L'Âge d'or n'est pas dans le passé, mais il est maintenant. Jamais usenet n'a été aussi riche d'enthousiasmes créateurs.
Tant que ces enthousiasmes seront contrôlés
et limités, fr.* ne tournera pas au chaos et à l'anarchie. J'ai vu
d'autres hiérarchies où il en va autrement. La tendance des nouveaux
arrivants est de toujours repousser les limites à leur maximum. Avec ses
avantages - une force créatrice - et ses inconvénients - un risque de
dérapage vers une anarchie entropique et destructrice -.
Les gestionnaires de fr.* ne sont donc pas exactement des bénévoles, et
ne sont pas une association caritative. Si vous les traitez comme tels,
vous risquez de les fâcher très fort...
Ce que je peux vous dire, c'est que en vous impatientant et en reprochant aux anciens l'imperfection de leur "bénévolat" vous tombez en plein dans l'attitude qui les horripile par execellence. En agissant ainsi, vous leur apparaissez comme un consommateur qui dit "je veux" et ils détestent cela !... Si vraiment vous n'y tenez plus, demandez à créer un forum de psycho sur niouzenet - les objectifs de cette hiérarchie sont très différents de ceux de fr.* : si un jour, les forums explosent et qu'ils ont bien su négocier le tournant et faire leur promotion, ils seront en pointe dans les forums grand public - , mais rappelez-vous que vous devrez l'animer et en faire la promotion. Si vous choisissez cette option, votre forum peut être créé en 48 heures. A vous de voir.
Sachez simplement que la hiérarchie fr.* et
le monde universitaire sont - pour l'instant - indissolublement liés.
Quand on recherche des renseignements sur internet, la hiérarchie fr.* est
l'un des moyens les plus sûrs de parvenir à les trouver, et souvent plus
efficacement qu'un moteur de recherche !!! Cette hiérarchie recherche la
qualité, et pour l'instant, elle en récolte le fruit : elle attire
essentiellement des gens cultivés ou assoifé de culture.
De ce point de vue, certains se trompent lourdement quand ils pensent ne
voir dans les fufeurs que de simples techniciens. Je pense justement
que leurs connaissances techniques ne sont qu'un aspect secondaire de
leur culture. Quand j'ai lancé mes AAD en grec et en latin, j'ai été
impressionné de constater quelle quantité d'entre-eux maniait l'une des
deux langues sinon les deux. Et en particulier pour le grec. Je
m'attendais pas à trouver autant d'hellénistes !
En définitive fr.*, ce n'est pas une affaire de bénévoles, mais de gens certes rigides, mais aussi très "réglo". d'ailleurs, jusqu'ici, chaque fois qu'ils ont eu des obstacles, ils se sont toujours débrouillés pour les surmonter dans les formes...
Je pense que l'Âge d'or de Usenet-fr, c'est aujoud'hui. Les Anciens étaient sans doute des chercheurs ou des passionnés d'informatique. La seconde génération, c'est plutôt les premiers webmestres et administrateurs des prmiers grands réseaux. Je pense qu'il s'agit principalement des responsables de serveurs académiques ou universitaires. Plutôt des profs qui bénéficient d'une décharge horaire, je pense. Ou qui n'en bénéficient pas...:-(
Mais il est vrai, qu'aujourd'hui, nous
sommes un peu à la croisée des chemins, d'où les conflits qui peuvent
parfois secouer usenet-fr. fr.* doit-il devenir un objet de
consommation ? Là est la question.
En effet, créer un forum par goût ou par affinité, c'est se placer dans
l'esprit de la consommation. C'est d'ailleurs de cette manière que les
FAI présentent les forums.
L'erreur des newbies est donc bien
compréhensible quand ils tombent sur fr.* Or fr.* n'a pas du tout été
pensé de cette manière. Il s'agissait de créer des lieux d'échange où l'on
communiquait sur un thème vaste plutôt vaste, et sujet à recherches
diverses et variées. Quand des personnes disent qu'elles ne comprennent
pas pourquoi on empêche des gens de se grouper selon leur goûts, c'est
parce qu'elles ne pensent pas fr.* comme un tout, et c'est bien là le
drame, d'ailleurs. fr.* est cohérent et je dirais même cohésif, social, il
n'est pas communautaire - je dirais "communautariste" -, et c'est là une
différence de taille entre l'anglo-saxon et le francophone. Les FAI sont
souvent américains : rien que de logique que de présenter les forums
ainsi. Pour eux pas de différences entre alt.* et fr.* Le problème, c'est
que du coup, pas de différences non plus pour le newbie.
Nous devons bien réfléchir aux conséquences de nos actes et de nos
engagements...
L'autre difficulté, c'est que les Anciens, chercheurs ou universitaires, sont des gens plutôt solitaires. Ils se sont conçus comme une communauté d'individus libres - un peu comme l'Athènes ou la Rome des origines -. pas facile de se retrouver soudainement avec des hordes "plébéiennes" qui réclament le droit de vote, puis bien tôt le droit ce cité, qui veulent discuter de tout, remettent en cause des habitudes bien établies etc... Songez à la réaction d'un Aristophane, face à Socrate qu'il ne distinguait pas des Sophistes. Les Anciens tombent parfois dans ce travers.
Les petites communautés favorisent aussi le conservatisme, consciemment ou inconsciemment. C'est un peu ce que j'appellerais le syndrome Suisse (La Confédération Helvetique est une sorte de démocratie semi-directe : conséquence, le droit de vote n'a été accordé aux femmes qu'en 1971 ; belle performance, n'est-ce pas ?) Il y a donc des écueils sur la route qui menacent aussi les Anciens eux-mêmes, et le premier d'entre-eux c'est la sclérose. cela dit, je crois que la majorité d'entre-eux en est consciente, et qu'ils comprennent bien la nécessité d'un apport de sang neuf.
Le défi qui est lancé est un peu celui que doivent relever les enseignants en langues anciennes aujoud'hui : comment intéresser le plus grand nombre possible de collégiens - qui comprennent donc les incultes, les paresseux, les bavards etc. - à la culture gréco-latine ? Souvent en insistant sur les aspects culturels et ludiques - le mythologie par exemple - au détriment de la langue. De ce fait, ne risque-t-on pas une dilution du grec et du latin dans une flou artistique gréco-latin relevant plus de la culture générale que d'une étude sérieuse de la langue.
Il me semble que fr.* est confronté à un
dilemme similaire. Son expansion et sa sauvegarde réside dans sa capacité
à attirer un public de plus en plus large. Mais ce-faisant, il risque de
diluer son identité qui passe d'abord parce que ces participants en font.
De ce point de vue l'idée de Laurent Chelma et Nicolas Rialland de créer
un robot d'accueil pour chaque nouvel arrivant est extrêmement
intéressante et à explorer.
Peut-être faudrait-il envisager une charte de bonne conduite, de manière
à pouvoir diriger tout de suite les nouveaux vers les historiques et les
textes de fonctionnement de fr.* de manière à ce qu'ils puissent en
prendre connaissance. Il y a en tout cas un champ de réflexion vaste qui
est ouvert. Et à mon avis, qui a sa place sur
fr.usenet.forums.evolution, car il concerne toute la hiérarchie
fr.*
Le 12 fevrier 2000
Mis à jour : le 27 février 2002.
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